Le Prêt garanti par l’Etat (PGE) : quels sont les risques pour les entreprises ?

Élément essentiel du soutien du système économique, le Prêt garanti par l’État (PGE) doit être strictement utilisé pour ce à quoi il est destiné, sous peine de créer des déséquilibres.

Le PGE est un système de soutien mis en place dans le cadre de la crise de Covid-19. C’est une réponse unique à une situation exceptionnelle unique. Les entreprises se sont massivement tournées vers cet appareil. Certains par nécessité, d’autres en prévision d’un besoin identifié prévisible, d’autres encore par précaution. La difficulté pour les entreprises et leurs dirigeants sera d’utiliser le PGE en cohérence avec ce pour quoi il a été mis en œuvre, c’est-à-dire le financement du cycle de fonctionnement de l’entreprise à activité constante.

Il convient de rappeler que le PGE doit être utilisé pour financer le cycle d’exploitation des entreprises afin de leur permettre de payer leurs dépenses courantes à un moment où leur activité a cessé ou a été très fortement réduite en raison de la période Covid. 19 que nous traversons et les mesures de confinement qui ont été mises en place pour garantir notre sécurité sanitaire. Il est un élément essentiel du soutien du système économique et doit permettre aux entreprises de rémunérer leurs pairs, c’est-à-dire et notamment les fournisseurs avec lesquels ils travaillent. Si les fournisseurs des entreprises sont payés, ces entreprises (les fournisseurs) paieront à leur tour leurs propres fournisseurs et l’activité économique pourra être facilitée et préservée.

Cependant, le PGE n’est pas “gratuit”, ce n’est pas un “cadeau” de l’Etat ou des banques aux entreprises mais un prêt remboursable. Les conditions du prêt sont en effet spécifiques avec l’absence de garantie donnée par l’entreprise, donc par le dirigeant, l’absence éventuelle d’assurance, un délai de grâce de 12 mois, un choix sur la période de remboursement après 12 mois, entre 12 et 60 mois, et enfin des commissions et des taux d’intérêt jamais connus jusqu’à présent et particulièrement favorables.

Respecter la règle financière de base

Il n’en demeure pas moins qu’il faudra aux entreprises rembourser les sommes concernées.

Le principal risque n’est pas d’utiliser le PGE uniquement pour ce à quoi il est destiné, mais volontaire ou non, de l’utiliser à d’autres fins, et donc de provoquer un déséquilibre. Mentionnons d’abord le financement de nouveaux investissements: une entreprise investit dans des équipements, fonctionne, crée une entreprise et achète au mieux une entreprise ou partage une entreprise dans le cadre d’une opération de croissance externe. La période de remboursement du PGE est de 12 à 60 mois, la sélection se fait avant la fin de la première période de 12 mois sans remboursement. L’acquisition de fonds de commerce, les travaux de financement, les matériaux et autres fonds de commerce ou actions de sociétés correspondent à la logique de financement spécifique.

La règle financière de base, qui garantit les équilibres financiers des entreprises, est celle d’emprunter sur une durée correspondant à la durée d’utilisation ou d’amortissement du bien. Ces durées peuvent être courtes pour le matériel (entre 3 et 5 ans en moyenne suivant leur nature), elles sont plus longes en matière de fonds de commerce et de rachats de titres (7 à 10 ans) ou pour la réalisation de travaux et aménagements (8 à 10 ans).

Nous le voyons bien, l’excédent éventuel de trésorerie disponible du PGE pour financer un investissement dont la durée d’amortissement normale dépasse la durée de remboursement fixée de ce même PGE conduit l’entreprise à se pénaliser en trésorerie. Le montant remboursé est supérieur au montant qu’elle aurait eu à rembourser si elle avait souscrit un financement dans des conditions classiques et l’équilibre durée de remboursement égale à durée d’amortissement de l’investissement n’est pas respecté fragilisant d’autant l’entreprise au fil des remboursements du PGE.

Gare au déficit structurel

Citons en deuxième lieu le risque de masquer un temps la réalité des difficultés de l’entreprise. L’entreprise parvient avec le PGE à poursuivre son activité même si elle se trouve dans une situation structurellement déficitaire. La situation de déficit conjoncturel liée à l’épisode Covid-19 ne doit pas se transformer en déficit structurel. Si la situation perdure, l’entreprise n’aura pas les moyens de rembourser le PGE et se trouvera inéluctablement en état de cessation des paiements.

Citons en dernier lieu une tentation possible du dirigeant pour s’accorder des conditions de revenus ou de dividendes sans rapport avec les performances de l’entreprise au motif que pour l’entreprise, la crise serait derrière elle. Chacun le sait mais il nous faut ici le rappeler, le cash du PGE doit permettre à l’entreprise de fonctionner et de financer sereinement son cycle d’exploitation à activité constante. Il ne doit pas permettre aux dirigeants, aux associés ou actionnaires d’augmenter leurs niveaux de revenus ou de dividendes. La performance de l’entreprise est le seul moteur qui doit rémunérer dirigeants, associés et actionnaires.

Ouvrons enfin le débat sur l’après pour les établissements financiers. Les entreprises avec le PGE ont considérablement augmenté leur ratio d’endettement. Les capacités d’emprunt demain en seront clairement impactées. Cette situation de fait, malgré toutes les bonnes volontés, peut être un frein au développement de l’économie de demain.